C’est une question que j’entends parfois chez les coachs, les formateurs ou les professionnels de l’accompagnement :
- “Est-ce que j’ai vraiment besoin d’un superviseur ?”
- “Je me connais bien, je pratique depuis des années…”
- “Et puis, j’ai déjà des pairs avec qui j’échange, ça suffit, non ?”
Alors, pourquoi ne pas se faire superviser ?
Tentons le jeu du questionnement à l’envers.
- Parce qu’on préfère rester seul avec ses zones d’ombre
C’est vrai, la supervision n’est pas toujours confortable.
Elle nous met face à nos angles morts, à nos résonances, à nos émotions parfois déroutantes face à un client.
Mais c’est justement là qu’elle agit : dans ce mouvement de lucidité bienveillante qui nous reconnecte à notre posture.
Refuser la supervision, c’est parfois préférer l’illusion du contrôle à la richesse du regard extérieur.
Or, le métier de coach repose sur une vigilance constante : celle de notre posture, de notre impact et de notre cohérence.
La supervision nous aide à rester alignés, vivants et conscients.
- Parce qu’on pense que c’est réservé aux “autres”
Les jeunes coachs, les coachs en formation, les coachs qui doutent…
Mais pas à moi, bien sûr : j’ai de l’expérience, de la maturité, des outils !
Et pourtant, plus on avance, plus la supervision devient précieuse.
C’est le lieu où le professionnel peut redevenir apprenant, où l’expérience se transforme en savoir conscient.
Un espace où la pratique se décante, où la posture se polit.
Parce que, quel que soit notre niveau, le recul ne se décrète pas, il se cultive.
- Parce qu’on confond supervision et intervision
“J’ai déjà un groupe de pairs, on échange sur nos pratiques.”
C’est formidable, et essentiel !
Mais la supervision, ce n’est pas seulement un échange entre pairs : c’est un espace guidé, structuré, soutenu par un tiers qualifié, où le travail se fait aussi sur les résonances, les transferts, la posture, les implicites de la relation d’aide.
L’intervision éclaire, la supervision transforme.
- Parce qu’on oublie que nous sommes notre propre outil de travail
Le coach travaille avec lui-même : sa présence, ses résonances, ses croyances, sa manière d’écouter et de se relier.
Se faire superviser, c’est entretenir son outil principal : soi-même.
C’est affûter sa conscience, revisiter sa posture, remettre du sens là où parfois la routine s’installe.
Refuser la supervision, ce serait un peu comme dire à un musicien :
“Tu n’as plus besoin d’accorder ton instrument, tu joues depuis longtemps.”
- Parce qu’on ne mesure pas ce que la supervision apporte en profondeur
Au-delà de la régulation, la supervision est un espace d’humanité partagée.
C’est un lieu où l’on peut dire les doutes, les émotions, les maladresses.
Un espace de respiration où la posture professionnelle se nourrit d’humilité, de réflexivité et de lien.
La supervision nous relie à la vocation première du coaching :
accompagner l’humain en conscience, et se laisser, soi aussi, transformer par la rencontre.
Alors, pourquoi ne pas se faire superviser ?
Peut-être parce que la supervision nous rappelle une évidence parfois oubliée :
Accompagner, c’est aussi s’accompagner soi-même.
Et si au fond, c’était ça, la plus belle preuve de professionnalisme ?

